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Rencontre : Emmanuel Lebrun-Damiens, Consul Général de France à San Francisco

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Nous avons pu aborder les questions de l'organisation du travail et des mesures prises pour pouvoir assurer la continuité du service public. Enfin, nous avons évoqué les enseignements de cette période tant d’un point de vue personnel que professionnel.
Emmanuel Lebrun-Damiens est le consul général de France à San Francisco

Le confinement et les changements engendrés :

Comment se passe le travail à distance pour les employés du consulat?

Pour l’instant, j’ai l’impression que tout se passe bien. Nous avons vite réalisé que nous arrivions très bien à travailler ensemble. La productivité de nos équipes a été inchangée. Au début du confinement, quand nous avions beaucoup d’emails et d’appels téléphoniques , les équipes ont été efficaces et ont répondu à toutes les demandes, même si ça n’a pas été toujours très évident. Personnellement, j’ai trouvé que je suis plus efficace. Les rendez-vous avec les consulats Européens à San Francisco, par exemple sont plus efficaces par l’intermédiaire de Zoom. Avant, ça prenait 2 heures en comptant les retardataires, la causette, et le café après, mais avec les conférences en ligne, tout le monde est plus efficace. A mon avis, le travail en ligne se passe mieux si on connaît les gens. Pendant ces quatre dernières années en tant que Consul, j’ai beaucoup voyagé autour du monde pour faire la connaissance de mes collègues. Maintenant, je trouve que de faire des réunions avec eux est plus simple parce que je les connais.

Quel a été l’impact des mesures sur votre vie personnelle et sur votre travail ?

J’aime beaucoup travailler en équipe, ça me motive et ça m’aide à faire mon travail. Une autre grande différence pour moi est le voyage. Je voyage beaucoup dans les États Unis, je prends souvent l’avion, plus particulièrement dans la juridiction du consulat de San Francisco, et je recevais régulièrement du monde à la résidence . Ça m’a fait bizarre de voir les gens uniquement à travers l’écran de mon ordinateur et d’être centré sur un espace restreint. Mon rythme de vie a été complètement chamboulé.

Je trouve que je travaille autant qu’avant, mais la nature de mon travail a beaucoup changé, ça n’a rien à voir avec ce que je faisais avant. Avant la pandémie, , je faisais beaucoup de diplomatie. D’abord de la diplomatie économique: J’allais voir les ventures capitalists pour les convaincre de venir investir en France, de mettre en contact les entrepreneurs des start-ups françaises dans la Silicon Valley. Ensuite, je passais beaucoup de temps aux projets liés à la diplomatie culturelle: monter des projets, inviter des artistes. Maintenant, je fais beaucoup de protection consulaire, de sécurité, de suivi épidémiologique. Nous avons aussi essayé de monter des collaborations entre des universités Américaines et les centres de recherches Français pour trouver des traitements contre le Coronavirus. Mon travail a changé parce que j’ai différentes priorités dans mon travail. C’est difficile de comparer les différentes activités, qui font partie du métier de consul.

Quelle est la plus grande différence pour le voyage des Français après les restrictions sur le voyage ?

Cette question est très importante. Ça a rappelé à tout le monde que les frontières existent. Quand j’étais plus jeune, aller d’un pays à un autre avait plus de sens. Les frontières étaient de vraies barrières; il fallait passer la douane, aller échanger des francs contre la monnaie locale. Quand l’Union Européenne a été créé, pour passer d’un pays à un autre, on a perdu l’habitude de passer de frontières physiques , cela fait que nous oublions l’importance des frontières. Avec les restrictions actuelles, le COVID-19 nous a rappelé la tyrannie de la distance, une notion qui était moins présente avec les moyens de transport à des prix raisonnables, et avec beaucoup de compagnies aériennes qui rendent les voyages plus accessibles à la plupart des gens. Tout à coup, c’est plus compliqué de retourner en France pour voir sa famille, et beaucoup de gens se demandent si ce sera possible de rentrer en France cet été. Ils ont l’impression d’être davantage loin de leur proche. Maintenant, on se rend compte qu’il y a une vraie distance, et que les frontières sont bien réelles et qu’elles veulent toujours dire quelque chose.

Les mesures pour assurer la continuité du service public au moment de la réouverture

Quelles nouvelles mesures ont été prises au sein du Consulat ?

Puisque nous allons ré-ouvrir les guichets pour les demandes ordinaires, nous avons dû réaménager l’espace du Consulat pour respecter les gestes barrières et éviter la contamination du personnel et des français.

Qui va aller au Consulat en personne dans votre équipe une fois que les guichets seront ré-ouverts ?

Pendant le confinement, tout le monde travaillait de chez soi. Pendant le confinement, trois ou quatre personnes allaient au consulat tous les jours (différentes personnes selon les jours). Maintenant que les guichets sont ouverts, la continuité du service public est assuré. Nous avons trente personnes qui travaillent au Consulat, et nous allons nous diviser en deux groupes, en alternant. Si un employé attrape le virus, les personnes qui étaient en contact avec lui retourneront chez eux, mais le reste de l’équipe pourra continuer à se rendre au consulat.

Pour la diplomatie, ça me confirme que les problèmes du 21ème siècle sont très souvent mondiaux. Comme la notion de frontière s’estompe, les solutions ne peuvent qu’être trouvées dans la coopération internationale. Avant, un pays pouvait facilement répondre aux besoins des citoyens dans les frontières. Aujourd’hui, cela n’est plus possible. Le changement climatique était un précurseur, mais beaucoup de gens avaient du mal à le reconnaître. La pandémie nous fait réaliser à quel point une erreur humaine a pu avoir des conséquences immenses sur le monde entier en deux mois. La crise économique cause par ce virus, et ainsi que les problèmes à venir ne seront que régler par la coopération des différents pays.

Au sein du Consulat, j’ai réalisé à quel point nous étions une équipe. Il y a beaucoup de gens que j’ai découvert. En ce temps de crise, la personnalité de beaucoup de gens se dévoile.

D’un point de vue personnel, j’ai découvert que le confinement est aussi un moment pour se découvrir soi-même même. J’apprécie mieux la valeur des choses, des choses que je pensais acquises dans notre vie et dont je ne profite plus, j’en redécouvre la valeur et l’importance pendant ce confinement. Des fois, c’est parce certains aspects de ma vie d’avant me manquent, mais des fois c’est aussi parce que je ne prêtais pas assez d’attention à ces petites choses. Tout cela nous rappelle que la vie est fragile, et que le confort matériel ne nous est pas donné.

Avez-vous un message à faire passer aux jeunes francophones habitant aux États-Unis ?

Voyager. Vous avez une chance extraordinaire d’être bilingue, mais avec ça vient une grande responsabilité. Il faut savoir en profiter mais aussi s’en servir. Vous avez aussi une capacité à vous adapter plus facilement à un milieu culturel. Noblesse oblige que vous mettiez ce talent au service de votre communauté et d’organisation internationales. Voyager est très important parce que les frontières existent toujours. Si on ne veut pas que c’est frontières aboutissent à des conflits, il faut que les gens des deux côtés de la frontière se connaissent bien et qu’ils réalisent qu’ils font tous partie d’une même humanité.

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